Le nez et l’odorat 3

Les quatre applications d’aromathérapie ci-dessus montrent que les huiles essentielles, les plantes et les parfums sont des remèdes extrêmement utiles, voire de puissants transformateurs d’humeurs. L’efficacité des senteurs s’explique par le fait que le nez est relié au cerveau. Les molécules de parfum atteignent en très petites quantités l’odorat, situé dans l’organe olfactif de part et d’autre de la cavité nasale, entre les yeux, juste au-dessous d’eux. Les parfums produisent des signaux spécifiques à l’intérieur des récepteurs de l’organe olfactif, signaux qui se transmettent au système limbique, le centre des émotions, du comportement et de la mémoire. L’odorat est ainsi constitué qu’il sait faire la différence entre une nourriture saine et une nourriture avariée, dangereuse pour la santé, qu’il aiguise l’appétit et favorise la digestion. D’autres huiles essentielles, par exemple l’huile de néroli, créent une atmosphère plaisante, voire suscitent l’attirance sexuelle. Lorsqu’un homme transpire, ses glandes sudoripares sécrètent une hormone appelée androstérone, dont l’odeur, bien que désagréable, agit sur la femme à la manière d’un aphrodisiaque. D’autres parfums, par exemple celui de l’huile de fenouil ou de lavande, ont la propriété de calmer le système nerveux en cas de stress ou d’anxiété.

Les huiles végétales et d’épices, les écorces et les résines parfumées étaient déjà utilisées dans l’Antiquité à des fins médicales et religieuses. Par exemple, en Egypte, les embaumeurs utilisaient des essences de girofle, de la muscade et de la cannelle en tant que conservateurs naturels du mort et en tant que compagnons de celui-ci pendant son voyage vers l’éternité. Le parfum de rose est un symbole de sainteté et d’immortalité. Une délicieuse odeur de rose vint consoler les saintes femmes au moment où elles pénétrèrent dans le tombeau du Christ ressuscité. Et lorsque le tombeau de l’évangéliste Marc fut ouvert vers l’an 500, un parfum de rose s’étendit sur la cité d’Alexandrie en Egypte.

Les parfums chimiques fortement concentrés peuvent, à l’inverse, suscité de l’aversion, parce que puant comme des fèces, ou les organes génitaux d’une chèvre ou d’un bœuf musqué. Mais dilués, c’est-à-dire concentrés, ils deviennent agréables et réveillent le désir sexuel. De nos jours ils sont souvent utilisés à cette fin, mais aussi pour inciter les clients des grands magasins à dépenser leur argent avec un immense plaisir.

Les odeurs peuvent donc soit inviter à l’amour et à la joie, soit agir comme des plaisantins et des filous qui cherchent à nous tromper pour mieux nous séduire.

La pétulance aime les divertissements et le plaisir. Chez Hildegarde, l’amour du divertissement apparaît sous les traits d’un monstre pourvu d’un grand pif, comme celui des clowns. Son nez, ressemblant à une truffe, agit à la manière d’un aimant ; il égare les gens par son pouvoir d’attraction et de séduction.

Wighard STREHLOW, La guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen, Saint-Jean-de-Braye, 2002, Editions Dangles, p.100-101.