Méditation sur la compassion

La méditation est une thérapeutique au vrai sens du terme. Selon Hildegarde, elle est un remède très efficace. Paracelse, le célèbre médecin suisse, a dit « La seule raison de guérir est la compassion. » La guérison se produit lorsqu’on prononce la parole juste au moment opportun. Une telle parole se trouve du reste intégrée à la liturgie de l’eucharistie : « Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole, et mon serviteur (mon âme) sera guéri. » (Mt 8, 8)

Selon Hildegarde, toute parole authentique renferme Dieu en ses trois personnes : la parole authentique est créatrice, donc symbolise le Créateur lui-même ; transmise à l’oreille de chair elle devient tous aussi compréhensible que les enseignements de Jésus, et son influence est comparable à l’action de l’Esprit saint car, comme Lui, elle réveille et enflamme les êtres. Mais une parole peut également détruire. C’est pourquoi, durant le processus de notre guérison, il nous faut veiller à nos paroles. Une règle en médecine dit : lorsqu’un médecin est incapable d’établir un diagnostic précis et qu’il ne connaît pas bien un remède, il est préférable qu’il ne dise rien, qu’il garde le silence. Un diagnostic, surtout s’il est erroné, peut être comme une malédiction pour le patient : il peut l’endommager, voire le tuer. Par exemple, tenir à un patient des propos tels que : « Vous avez un cancer grave ! Il n’y a pas de guérison possible ! Vous devez être réaliste car, si je m’en fie aux statistiques, il ne vous reste pas plus d’un an à vivre ! » est comparable à un coup de massue que l’on assène sur le crâne du patient. Un tel choc abaisse considérablement l’interféron de son système immunitaire, de sorte que les cellules cancéreuses peuvent proliférer à leur aise. Un diagnostic, tel un rituel vaudou, peut être mortel. Le cerveau humain est très sensible aux réalités véhiculées par les mots. La plus ancienne église d’Allemagne est celle de saint Georges dans l’île de Reichenau sur le lac de Constance. On y aperçoit un fouet sur lequel se trouve gravé le proverbe suivant : « Aucun fouet ne peut contenir les sots propos qu’une femme (un homme aussi ! NDLR) peut énoncer en une seul journée –blah, blah, blah. » Il faut être circonspect lorsqu’on parle, car les paroles viles sont comme des flèches empoissonnées : lorsqu’elles ont été décochées, c’est trop tard. Il est parfois préférable d’écouter tranquillement, plutôt que de dire n’importe quoi. La compassion permet de faire croître l’amour dans son cœur.

Wighard STREHLOW, La guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen, Saint-Jean-de-Braye, 2002, Editions Dangles, p.111-112.