Paroles nocives d’immodération

L’immodération s’exprime en ces termes : « Tout ce que je désire et poursuis, c’est pour mon seul plaisir ! Je n’ai pas envie de me réfréner ni de sacrifier mes désirs. Pourquoi ne tiendrais-je pas compte de mes désirs ? Ne sont-ils pas inhérents à ma nature ? Tout stimulant physique est pour moi plaisir sans mélange ! Ma vie n’aurait aucun mérite si je vivais dans la modération. Je fais ce qui me plaît ; l’amusement et le jeu, voilà de quoi est fait mon monde. Vais-je dompter mon cœur alors que je peux m’amuser et prendre du plaisir ? Mes veines éclateraient-elles de plaisir que je refuserai d’en donner à quiconque. Quelle raison aurais-je de garder le silence, puisque j’aime parler ? Toute stimulation est pour moi comme un fortifiant printanier. Je ne fais que vivre conformément à ma nature. Je n’ai donc aucune raison de changer. Tout le monde devrait vivre en fonction de son propre plaisir. (LVM II, 21)

Wighard STREHLOW, La guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen, Saint-Jean-de-Braye, 2002, Editions Dangles, p. 163.