Paroles de discrétion et de modération

Dans le « scivias »,Hildegarde dit : « Je suis la mère de toutes les vertus, et je recherche la justice de Dieu en toutes choses. J’espère sans cesse que Dieu est en ma conscience, à la fois dans la guerre spirituelle et la guerre terrestre. Je ne condamne ni ne piétine ni ne dédaigne les rois, les dirigeants, les protecteurs et les autres magistrats de ce monde qui doivent leur statut à l’auteur de toutes choses. Comment des cendres pourraient-elles dédaigner d’autres cendres. La Parole de Dieu crucifiée a inversé le cours des choses pour tous, et nous a enjoints à faire preuve de justice et de miséricorde. Je veux que soient maintenus les ordres ou institutions du monde de Dieu conformément à sa propre volonté. » (LVM III, vision 6, 7)

A propos de la modération, ou discrétion, Hildegarde écrit : « Dieu nous parle parfois en nous touchant au cœur, de sorte que nous y éprouvons une douleur ou y ressentons un dérèglement (de l’arythmie cardiaque par exemple). Dieu parle à travers la douceur de son Esprit et nous donne les vertus pour instruments, afin que nous puissions accomplir son œuvre. Aucune vertu n’est manquante, ni au ciel ni sur la terre. Dieu a créé le firmament, symbole de la force de discrétion, pour permettre à l’être humain de reconnaître les nécessités à la fois spirituelles et terrestres. Nous tiendrons compte des deux nécessités : l’aspiration à l’éternité et les besoins matériels. Vivez conformément aux règles du milieu d’or. N’allez pas construire une ruine par esprit d’exagération, ni vous ruiner par excès de désir. Nous soupirerons et prierions afin que soit accomplie toute action bonne en temps opportun et qu’il soit pourvu aux besoins quotidiens de tous. Faites tout votre possible dans ce sens, et pratiquez chaque jour vos propres charismes. La modération vous garde de la vanité ; Dieu abhorre la vanité, parce que l’exagération ne sert pas Dieu, mais seulement vous-même. » (LVM, vision 5, 27)

Wighard STREHLOW, La guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen, Saint-Jean-de-Braye, 2002, Editions Dangles, p. 165.