Le monde de l’enfance

Dans sa troisième vision du « Liber vitae meritorum »(Le livre des mérites de la vie), Hildegarde voit l’homme cosmique regarder en direction du nord, la direction qui symbolise le monde de l’enfance et qui, du point de vue anatomique, correspond à la région du bassin. L’être humain vient au monde avec un formidable capital de vie : un capital génétique (100 000 gènes) et un capital spirituel (trente cinq vertus ou forces). Pendant les années de son enfance, il est censé développer sept forces spirituelles : l’humilité, la charité, la crainte de Dieu, l’obéissance, la foi, l’espoir et la chasteté, sous la direction de ses parents. En parallèle, il doit apprendre à tirer les leçons de ses expériences négatives : échecs, déceptions, erreurs, frustrations, blessures, maladies et autres revers courants de l’existence humaine, c’est-à-dire apprendre à maîtriser peu à peu les vices ou faiblesses correspondants : l’arrogance, l’envie, la soif de gloire ou de célébrité, la désobéissance, l’infidélité, le désespoir et la luxure. Les faiblesses peuvent être transmuées en forces, tout comme la maladie peut être jugulée, l’ennemi devenir un ami et l’absence apparente de sens dévoiler un sens plus profond. L’enjeu n’étant jamais de combattre directement un mal apparent mais de saisir le message qu’il véhicule, de s’en servir pour le développement spirituel. 

Wighard STREHLOW, La guérison du corps et de l’esprit selon Hildegarde de Bingen, Saint-Jean-de-Braye, 2002, Editions Dangles, p. 175.